Petite fille blonde qui es tu ?
Je regarde des photos, qui est cette enfant ? Petite moi. Petite que j’aime mais que j'atteins à peine, où est le temps passé ?
Ca allait, ça ne va plus. Deux jours chez moi, seule et je me sens partir.
J’ai peur de moi.
Qu’est ce qui m’emprisonne, qui m’a volé ma mémoire ?
Les souvenirs passent et s’enfuient, des images brèves, des regrets, toujours des regrets.
Où sont les moments de bonheur, d’insouciance ? Si peu de souvenirs après de si longues années d’existences…
Je vois ces photos, il y a des sourires dessus, de la joie dans ses yeux. Je n’ai pas été malheureuse toute ma vie, pourquoi je ne m’en souviens pas ?
Action, ré-action, agir, partir, mentir…
Que se passe t’il ? Où fuis-tu mon cerveau ? Que sens-tu ? Quel est ce poids qui t’encombre ?
J’ai passé un week-end à pleurer, à éjecter mes malheurs. Rentrant en moi, la tête me tourne comme si j’allais tomber. « Tu ne peux pas tomber, tu es déjà par terre »
Oui je suis à terre, blessée mais par je ne sais quoi. Touchée en plein vol par un projectile inconnu.
Et des tremblements, je claque des dents, mes membres tremblent, mon cœur s’emballe, mes mains deviennent moites. Phénomènes physiques, réaction de peur. Peur de quoi ? Qu’est ce qui veut sortir et que je retiens ?
Impression que ma tête va exploser, je suis dans un état second. Il sort des choses, je pleure, ça me touche mais toujours cette impression de ne pas avoir touché LE problème. Impression qu’il y a un truc énorme en moi mais mes barrières m’empêchent d’y accéder.
15 jours que c’est fini, il faut que je me retrouve seule pour que ça vienne.
Mais je ne veux pas me laisser aller, j’ai peur de mourir, d’avoir trop mal.
Dé-pression après trop de pression ?
Pourtant je me soigne. Indiscutablement ça m’a fait de l’effet ce traitement. Alors pourquoi retomber ? Je ne veux pas, je veux aller vers l’avant.
Je me suis sentie naître un peu, je croyais beaucoup… mais si peu.
Il me faut trouver une branche à laquelle m’accrocher, rien qu’une toute petite branche.
Mais déjà mes souvenirs s’estompent. Je ne retrouve plus l’euphorie, je sens que ma coquille se ressoude.
Je perds peu à peu cet état. Je me sentais vulnérable, fragile, emplie de douceur et de l’humanité des autres mais tout semble partir. Je les regarde en photo. Toujours et encore des photos, seul moyen de me souvenir vraiment.
Vraiment ? Non, juste une image.
Je me raccroche à des photos, j’ai besoin de les savoir là, de les avoir sur moi comme une preuve que j’ai existée avant aujourd’hui.
Mes souvenirs s’estompent. Pourquoi rien n’imprime dans ce cerveau ?
Cling, cling fait la chaîne autour de mon cou, je sais qui me l’a donné, je sais d’où ça vient. Je le sais mais je ne le sens pas, je ne m’en souviens pas. Cette chaîne est importante à mes yeux, elle représente des être aimés, tellement aimés que je les ai oublié…
Savoir ? Que sais je ? Est ce que je peux faire l’inventaire de tout ce que je sais ? J’ai l’impression de ne rien savoir. Pourtant je sais parler, marcher, faire…
Parfois je ne sais rien. « A quoi penses-tu ? » A rien, mes idées ont laissé place à un vide intergalactique. Pourtant même un trou noir n’est pas rien puisqu’il absorbe tout. Alors qu’y a-t-il entre mes états de conscience et mes pensées, dans ces moments d'absence ?
Je n’arrive plus à rien apprendre, j’oublie tout. J’ai oublié mes jeux, j’ai effacé mes études, je ne me rappelle plus de mes boulots, je ne sais plus ce que j’ai lu, je ne me souviens pas de ce qu'on m’explique…
On me donne des conseils, 10 fois, 20 fois et j’oublie…
Je dois faire quelque chose en urgence et je ne sais plus quoi. Quelques minutes et c’est envolé.
Mais la perte de gens que j’ai aimé ça je n’oublie pas. Je voudrais les revoir. Morts ou simplement la vie nous a éloigné, eux ils sont dans mon cœur comme des blessures, des carrières à ciel ouvert. Tout tombe à l’intérieur et creuse un peu plus le fond meurtri. Rebouchées parfois, les plaies ne demandent qu’à se rouvrir sous la moindre petite pluie. La poussière s’envole, s’évapore. La boue, les plaies ne coagulent pas. Les pansements ne tiennent pas sur le sol humide. Ca craque ou ça suinte, ça ne veut pas rester fermé.
Mais à quoi joue mon cerveau, pourquoi veut il toujours se souvenir de ces meurtrissures ?
Elle me l’a dit : « tu n’es pas maso puisque tu es là ! »
Non je ne suis pas maso, je ne veux plus souffrir, je n’en peux plus. Mais ma volonté me fait défaut.
Mais j’y croyais, je pensais m’en être sortie, au moins un pied hors de la fosse, rien qu’un pied qui me permet d’espérer des jours meilleurs. Je les espère d’ailleurs, encore mais pourquoi sont ils si longs à venir ? Mon pied ne tient pas fermement sur cette nouvelle terre…
Qu’est ce qui se passe ces jours derniers, qu’est ce qui m’enfonce la tête sous l’eau ? Pourquoi mon cerveau ne veut il plus marcher ?
Pourquoi je suis là, à écrire au lieu d’agir, pour moi, pour les autres ?
Je n’arrive pas à garder ma motivation.
Je cherche à ce que ma volonté soit la plus forte mais ça me rattrape. Je n’arrive pas à agir sur moi-même.
Je sais qu’il ne faut pas et pourtant, je me laisserai encore une fois, tout à l’heure, aller au sommeil. Poser ma tête sur mon oreiller, dormir pour ne plus penser. Et ce soir, je me réveillerais, culpabilisant, la tête embrumée. J’irais surfer encore sur le web, surfer jusqu’à tomber au creux de la vague et me laisser porter jusqu’au rivage. Ballotter par des vagues, au hasard des flots, encore et encore tanguer jusqu’à ce que de nouveau le sommeil me gagne. J’arriverais alors sur la rive et sombrerait dans la torpeur pour une nuit encore.
Lâche moi, laisse moi aller putain de malheur !!!
J’ai envie d’hurler à m’en détruire la voix, crier fort, si fort comme si ça allait faire sortir ce qui me tient prisonnière.
Soulagée par ces lignes, un peu, je peux aller me reposer. Ensuite il faudra sortir, rester disciplinée.
Est-ce que je deviens dingue ?
Demain je vois mon guide, ouf. Et merci...