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jeudi, avril 3 2008

Racines

En surfant au hasard des blogs, en cliquant sur divers liens, je suis étonnée de constater le nombre de personnes qui évoquent leurs origines en ce moment. Signe du destin, arrivée du printemps, source continuelle d’interrogations, messages subliminaux qui circulent, hasard… poussent chacun à se pencher sur ses racines ?
Ou peut être que je le remarque car ça fait tout simplement partie de mon cheminement du moment… Il y a un nom pour ce phénomène psychologique qui consiste à remarquer plus particulièrement ce qui nous touche à un instant donné. J’ai oublié le terme exact (merci Alzheimer !) mais je me souviens l’avoir étudié lors de mon court passage en fac. Ainsi, une femme enceinte aura l’impression qu’il y a bien plus de femmes enceintes autour d’elle depuis qu’elle attend son enfant, ça se vérifie aussi pour ceux qui ont des béquilles, font du macramé ou se passionnent pour les gastéropodes.

Ma préoccupation du moment est donc, comme pour beaucoup de mes congénères, de savoir où se plongent mes racines.
Ca me semblait simple au départ, mais en y pensant il me vient une multitude de questions.
Où considérer qu’elles commencent ? A ma naissance, à mes parents, mes grands parents ?
A quoi suis-je attachée ?
Qu’est ce qui m’importe de retrouver en me posant cette question ?
Mes racines sont elles mon histoire ou celle de ma famille, de mes ancêtres ?
Une maison, une région, une image ? Etc.…

Ce qui m’interpelle aujourd’hui est de savoir quel est mon point d’ancrage, je cherche le lieu où je me sens chez moi.
Et je constate avec tristesse que je ne peux le retrouver.
Il n’y a pas dans mon esprit un endroit précis symbolisant mes attaches, je ne peux repenser avec nostalgie à une demeure ou à un coin de nature.

Ma vie a commencé dans une rue portant le nom d’un mathématicien - philosophe - homme politique. Je n’ai aucun souvenir de cet appartement. Passant dans cette rue je ne reconnais rien. J’ai beau faire des efforts de mémoire, toute cette partie de mon enfance est oubliée.
Mes tous premiers souvenirs me ramènent rue des oiseaux. Ce joli nom m’a t’il prédestiné à me sentir un oisillon prisonnier ?
De cette demeure, ce qui me revient avant tout et presque exclusivement c’est l’image de ma chambre. Une petite pièce tout en longueur au bout d’un long couloir anguleux. Le long du mur gauche il y avait toute une rangée d’étagères contenant jouets, livres et autres affaires. Face à la porte une fenêtre donnait sur l’avant de la maison, sur un bout de jardin avec une haie masquant la rue. Dans le coin au fond, il y avait mon lit. Tout de suite à droite de la porte j’ai le vague souvenir d’une armoire en plastique qui contenait mes vêtements. Seule la structure tenait dans cette armoire, les étagères et la penderie passaient leur temps à s’écrouler. Quand j’y pense ma façon de ranger actuelle ressemble assez à ce que donnait l’intérieur de ce placard de fortune après un énième « écroulage »…
Quand nous avons emménagé, il y avait au mur une tapisserie couverte de bateaux. Sans doute que ça ne convenait pas pour une petite fille, mes parents avaient donc décidé de refaire ma chambre tout en rose. Ils étaient assez fiers de leur travail et ne se lassaient pas de me faire savoir la chance que j’avais d’avoir une si jolie pièce pour moi.
Les pauvres, s’ils savaient ce que ma mémoire en a gardé. Cette image de ce qui a été fait pour mon bonheur ne me renvoie que des souvenirs tristes et amers. Je n’y revois qu’une petite blonde de 7 ans qui attend et qui pleure. Une fillette qui se sent seule à en mourir.
Sans doute que cette maison a abrité des moments de joie, quelques photos en témoignent.
3 ans ont passé là avant que mes parents ne décident d’aller vivre à la campagne, dans une bourgade de 400 habitants où je n’ai pas beaucoup de meilleurs souvenirs.
Quelques années de dépression paternelle plus tard nous sommes retournés en ville où ils sont devenus propriétaires de leur maison. J’étais alors une adolescente mal dans ses pompes.

De toutes ces habitations, aucune ne semblent porter mes racines. La dernière est peut être celle à laquelle je suis la plus attachée car j’y ai passé le plus d’années mais elle ne me représente pas mon enfance. Elle est la seule où je peux retourner à loisir, elle est la maison de famille maintenant, une petite famille : papa, maman et moi.

Peut être que mes racines sont partout à la fois dans cette région où se sont succédés les déménagements et où j’ai grandi. Il n’y a pas un coin précis dont je puisse dire qu’il est mon chez moi.
Chercher parmi mes ancêtres ne mène pas loin, mon arbre généalogique est sans racine, ce qui lui manque est ce qui se voit le plus.

Je plonge dans mon passé pour comprendre mon présent, je cherche le sens de mon chemin pour pouvoir, demain, construire mon nid, l’attacher solidement sans plus douter qu’il doit être ainsi et là.

vendredi, mars 28 2008

Au revoir.

Nous avons cheminé ensemble ces 31 dernières années.
Personne n’a été plus fidèle, plus patient, plus attentif, plus compréhensif, plus prévenant que toi. Je suis un part de toi et tu es une part de mon esprit et de mon corps. Nous nous connaissons par cœur. Il n’y a jamais de conflit entre nous et il n’y en aura jamais.
Te souviens-tu de ces longues heures de confidences échangées ? Te rappelles-tu les torrents de larmes versés ?
Comme il était doux de s’endormir blottis l’un contre l’autre.
Tu as toujours été là près de moi. Tu m’as porté. Plus qu’un ami, plus qu’un frère, il n’est pas de mot pour te décrire.

Je me revois, guettant ton arrivée, impatiente de te retrouver.
Comme elles étaient longues ces heures de classe, séparée de toi je m’ennuyais. Je ne pouvais te parler à ces moments là. Souffre douleur la journée, je me protégeais en pensant à toi, sachant que le soir tu me consolerais et me préparerais pour affronter la mesquinerie des jours suivants. Tu étais mon refuge de douceur et d’amour.
Le quotidien était fade en comparaison de ce que nous vivions ensemble. J’occultais la réalité en m’accrochant ainsi à toi, je ne vivais pas pleinement mais c’était la seule solution pour ne pas mourir ou sombrer dans la plus noire des dépressions.
Il me fallait un point d’ancrage aussi fragile soit-il.

Tu es dans mon cœur et il est temps de te rendre à la liberté. Je t’ai laissé ce week-end auprès de deux nouveaux compagnons de route. Je t’ai confié à eux, je suis sure qu’ils sauront prendre soin de toi comme tu as pris soin de moi. Un jour, tu entreras peut-être dans un autre cœur, faire le bonheur d’un autre enfant esseulé.
Je dois vivre, je ne dois pas attendre toute ma vie quelqu’un qui ne reviendra jamais.
Envole-toi où le vent te porte. Ne t’inquiète pas de mes larmes, ce sont des larmes de gratitude. Tu m’as donné la force, tu m’as sauvé la vie et pour te remercier je vais honorer ces présents, ce présent.

Je ne sais si je vais réussir à ne pas décrocher mon cœur pour te rappeler à mes côtés. Tu me manques déjà tellement que je suis là à t’écrire cette dernière lettre. J’ai soif de ta reconnaissance dans cette démarche mais je ne dois plus l’espérer.
Au revoir et merci Toi…

jeudi, mars 27 2008

Le week-end de ma vie

Le week-end dernier j’ai participé à ce qu’on appelle communément un stage de développement personnel. Je ne vais pas raconter ici le déroulement de ce stage, non pas que je ne veuille partager mais à chacun de trouver celui qui lui correspond.

Nous étions 10 stagiaires avec pour points communs nos bagages plus ou moins lourds de souffrance et l’espoir de repartir en allant mieux.
Je pense pouvoir dire sans trop me tromper que nous avons tous gagné quelque chose pendant ce week-end. Et sans me tromper du tout, je peux dire que j’y ai gagné énormément.

Arrivant là bas, j’avais la peur au ventre. Mes problèmes je les connais et j’avais une vague idée de ce que je souhaitais commencer à résoudre. Mais mon cerveau a cette faculté de sembler se vider dés que je suis en contact avec un ou plusieurs autres êtres humains. Lorsqu’il m’a fallu réfléchir à ce qui me faisait le plus souffrir en ce moment, j’ai dans un premier temps été incapable de le pointer du doigt. Puis, dans la solitude de mon lit, mon carnet sous les yeux j’ai pu retrouver et répondre à la question. J’aurai pu parler de multiples choses mais il en est une qui m’empoisonne et mon travail quotidien est de me débarrasser de ma prison personnelle.

Mais pour en sortir il est une clé que j’ai du mal à utiliser : la parole. Et lors de ce stage il était justement question de parler…Je souhaitais de tout mon cœur y arriver, j’y pensais depuis des mois et ce week-end était dans mon esprit comme la principale porte de sortie. Je croyais idéaliser et pourtant le résultat est bien au delà de mes espérances.
Non seulement j’ai réussi à parler aux thérapeutes, ce qui n’étaient même pas gagné au départ mais j’ai aussi pu m’intégrer dans un groupe, pour la première fois de ma vie je ne me suis pas sentie incomprise, dans tous les sens du terme. Je me dois de les remercier, toutes et tous, je leur dis ici toute ma gratitude, quelques mots qui ne sont qu'un bien pâle reflet de ce que je ressens.

En l’espace de 3 jours j’ai pu commencer à me libérer, j’ai décidé d’aller vers la Vie. Je ne sais quel sera mon chemin mais un week-end d’humanité m’en a donné l’envie. Je me suis un petit peu ouverte. Ma coquille se fendille tout doucement, dans les semaines ou les mois à venir j’espère pouvoir la déposer totalement. J’espère m’ouvrir tant au monde, qu’aux autres, qu’à moi-même.

En début d’année, le plus beau message que j’ai reçu me souhaitait de trouver dans mon cœur la force de l’espoir, je crois que c’est chose faite. Tout ou presque reste à faire. J’ai l’impression de n’avoir jamais été moi. Je ne suis pourtant personne d’autre que moi-même, forcement… Mais j’étais moi derrière mes propres barrières, moi au cœur de toutes mes aliénations. J’aimerai tout casser d’un coup, me séparer de ces poids mais ils me rassurent, ils me sont tellement familiers. La liberté m’appelle, mon cœur et mon esprit l’entendent. J’ai si peur de la vie qui va venir. Et la sensation que renoncer à ces barrières c’est aussi oublier tout ce qui a fait ma vie jusqu’à présent : mes parents et mes amis d’enfance. Pourtant il n’est pas question de cela. Je ne me crois pas capable d’être moi-même face à ceux qui ne me connaissent que comme je suis aujourd’hui. Je ne me vois pas exister heureuse, comme si mon existence pour eux se résumait à être un petit Caliméro.

Alors : partir à l’autre bout du monde, avec pour bagage le cercueil de ma vie passée ? Recommencer à zéro ? Renoncer à tout ce que j’ai connu et connaît aujourd’hui ?
Ce n’est pas la solution j’en ai conscience mais quelle est cette chaîne qui me tient et m’interdit de montrer que je peux être bien ? Le bonheur me fait peur mais moins que de le révéler aux autres.

A l’instant où j’écris, loin de ceux qui me connaissent, je n’ai pas à travestir. Depuis la fin du stage, je me repasse le film en boucle dans ma tête et je me sens pleine d’espoir et de joie. J’ai vraiment vécu le plus grand week-end de ma vie, le plus fort en émotions, une belle aventure humaine…
Je vous souhaite à tous d'en vivre autant.

mardi, mars 11 2008

Brave bête.

Le poil luisant, l’œil brillant, trépignant d’impatience et de joie à l’idée de goûter cette nouvelle vie qui s’offre à lui, Snäll part dans sa nouvelle maison.
Snäll, jeune chien sans retenue, avide d’amour et d’attention, prêt à tout donner en échange, a connu les flancs doux et chauds de sa maman, les chamailleries avec ses frères et sœurs, quelques caresses de créatures à deux pattes et une gamelle régulièrement remplie. Il est confiant au moment de monter dans cette jolie voiture bleue. Il ignore qu’il ne reviendra plus, qu’il ne verra plus sa fratrie et sa douce maman.
Près de lui, sur le siège arrière, un enfant le papouille et lui raconte sa future vie. Quelques phrases sans signification. Il a renoncé à essayer de comprendre tout ce que racontent les humains.

Et le voilà « chez lui ». Une petite maison, entourée d’autres maisons semblables. Un jardin bien entretenu : pelouse, fleurs, un pommier et un cerisier nouvellement plantés, Snäll s’élance pour découvrir ce monde. Un mulot le défie de l’attraper : premier trou dans le gazon…
Voilà qu’on l’appelle : « On rentre ! » On lui montre un panier avec un joli coussin, une jolie gamelle verte, un collier « en argent » et la laisse qui va avec, le tout installé dans une petite pièce qui sent le fioul et la lessive, bof…mais pourquoi pas ?
Mais il a l’âme aventurière le jeune chiot : vite il se précipite : la cuisine, le salon, le couloir de l’entrée :
« Chouette une basket qui traîne, justement mes quenottes me titillent »
« Non Snäll, pas toucher ! »
Retour dehors…mais que faire dehors quand on est tout jeune et surtout, tout seul ?
Tiens un papillon, oh une souris, une chenille, une fleur agitée par la brise, et là : le chat des voisins :
« On fait la course ? …oh copain, t’es parti avant moi…mais attends, je ne peux pas passer par les arbres…Pfff, pas drôle…Tiens une branche, voyons si elle me résiste… »
Tout à ses nouvelles activités, Snäll n’entend pas rentrer Papa.

« Snäll, dit l’Enfant, viens voir, y’a Papa ! »
Snäll a encore du mal avec son nom mais aux onomatopées frappant ses oreilles il comprend qu’on s’adresse à lui et accourt, savourant à l’avance une caresse ou un nouveau jeu.
« Alors c’est lui le chien ? Je vous préviens tous les deux, dit Papa en s’adressant à l’Enfant et à sa maman, il a intérêt à être sage et propre. Et c’est la première et la dernière fois que j’accepte qu’il me saute dessus comme ça ! »
Snäll s’assoit, incline la tête et essaie de comprendre pourquoi Papa parle si fort. « A-t-il vu un ennemi ? Est-ce que quelqu’un est entré sur son territoire ? Est-ce que lui, Snäll, doit le défendre ? »
Il tente une approche plus discrète afin de n’être pas repoussé comme tout à l’heure. Peine perdue, au contact de sa truffe humide, Papa retire sa main et s’en va.
Il essaie auprès de Maman qui lui donne une petite caresse : « Oui tu es un bon toutou, va dans ton panier ». Snäll suit cette main qui le dirige et se résout à se coucher sur ce coussin.
Mais voilà l’Enfant qui revient, une baballe à la main !! Direction le jardin pour une partie de foot ! Et Snäll, heureux de sautiller autour du petit, de lui ramener la balle, de courir la rechercher, de japper de joie, de se rouler par terre…Il est content dans cette nouvelle famille, un enfant pour jouer, une maman aimante et un papa, un peu plus dur à apprivoiser mais qu’il aime quand même car il a l’air fort et fera un bon chef de meute.

« A table, dit Maman. Mais toi, Snäll, tu restes dehors pendant qu’on mange, tu auras ta part après »
« Qu’est ce qu’elle raconte ? » se demande Snäll, mais pas le temps de comprendre, il se retrouve seul dehors.
Le voilà reparti en exploration dans le jardin. Il retombe sur le trou commencé tout à l’heure. « Est-ce que le mulot serait revenu ? Creusons un peu plus pour voir »
« Tiens la porte de la cuisine… chouette c’est Papa…je vais lui montrer comme je sais bien chasser les souris !! »
« Arrête, sale bête, qu’est ce que tu fous dans ma pelouse ? Dégage dans ton panier !! »
Et Snäll, de se faire attraper par la peau du cou et balancer dans son panier.

Cette fois, il ne bouge plus, attends patiemment qu’un humain vienne le libérer de cette buanderie. C’est Maman qui vient, elle lui tapote gentiment la tête : « Snäll, il faut être un gentil chien et obéir à Papa ». Snäll ne comprend pas ce qu’elle dit mais par contre il voit très bien qu’elle lui verse des croquettes dans sa gamelle, de quoi oublier tous les tracas…
L’estomac plein, la tête remplie des souvenirs de cette journée et de nouveau seul dans sa remise, le petit Snäll se couche, une petite boule de poil dans un grand panier, à la taille de ce qu’il doit devenir.
De son côté la petite famille vaque à ses occupations. L’Enfant prend son bain, brossage de dents et au lit, demain c’est jeudi : y’a école. Maman finit de ranger la cuisine, de remplir le lave-vaisselle et va rejoindre Papa devant la télé.
Vers 23h, Maman vient faire une papouille au petit toutou endormi. Elle n’a pas le cœur de le réveiller pour qu’il ressorte une dernière fois. Et la maison s’endort….
2h du matin, Snäll ouvre un œil, un second. Il ne sait plus où il est, il fait noir, il ne reconnaît pas l’odeur du foin, il ne sent pas sa maman près de lui et n’entend pas ses frères et sœur gémir dans leur sommeil, rêvant à on ne sait quelle course poursuite. Snäll se lève, perdu, dans le noir, sans sa maman. Il voudrait un peu de chaleur. Et puis il a une envie pressante mais il ne voit pas la sortie de la grange. D’ailleurs il n’est pas persuadé d’être toujours dans la grange de maman.
Il commence à geindre doucement, puis un petit peu plus fort pour que sa maman l’entende. Il n’en peut plus et se laisse aller.
Coup de bol : Papa a eu soif et arrive dans la cuisine, il entend japper derrière la porte. Il ouvre, allume et marche dans une flaque…
Coup de bol ?? Pas si sûr finalement…
Snäll se retrouve le nez dans la flaque, une bonne claque sur les fesses et dans le jardin.
Papa remonte, réveille Maman tout en délicatesse : « Ton chien a pissé dans la buanderie, je l’ai foutu dehors, va t’en occuper avant qu’il ne réveille tout le quartier ! »
Maman descend, encore dans les brumes du sommeil et récupère Snäll qui pleure derrière la porte, apeuré par tout ce noir et les bruits qu’il ne connaît pas. Elle le rentre et le remet dans son panier. Elle nettoie et puis regarde ce petit chien. Il a l’air bien réveillé maintenant mais il ne bouge pas, se demandant ce qu’on attend de lui. Maman s’approche, le recouche et lui fait de douces caresses pour qu’il se rendorme. Elle aussi a les yeux qui se ferment, Snäll voit Maman détendue et se laisse aller à la somnolence. Il ferme ses grands yeux noisette. Maman le croit assoupi, se relève et commence à repartir. Mais Snäll ouvre les yeux et voudrait bien suivre Maman, il n’a aucune envie de se retrouver de nouveau seul.
« Il faut dormir Snäll » dit Maman en le recouchant et en recommençant à le caresser. Elle reste près de lui jusqu’à ce qu’elle le sente s’abandonner au sommeil. Il est attendrissant ce petit chien. Et courageux alors qu’il vient d’être séparé de sa maman. C’est de sa maman que Snäll rêve justement. Et de son papa chien qui vit dans la ferme d’à côté. Qu’il est doux de repenser à ses moments de jeunesse insouciante.
Snäll finit sa nuit sans autre réveil, Maman en est contente, elle se dit que ce chien est vraiment une crème. Elle redoute un peu sa première journée seul, Papa et elle au travail et l’Enfant à l’école. Snäll restera dans le jardin, on lui a installé une niche, qu’il ne semble pas avoir repéré mais il a l’air malin et trouvera tout seul…
8h tout le monde décolle, Snäll se retrouve dans le jardin. Tout seul ? Non il a une gamelle de croquettes encore. Il les dévore, redresse la tête pour remercier ses maîtres mais il n’y a plus personne. La porte est fermée et la maison semble silencieuse. Snäll refait donc le tour du jardin. Un trou à continuer, une fleur à croquer, un lézard à poursuivre, un papillon à admirer, le chat du voisin à amadouer- peine perdue, un arbre à déraciner, un type qui s’arrête avec sa voiture jaune sur lequel aboyer, une voisine qui crie, etc.…Et la matinée passe. Snäll trouve un tas d’herbe que Papa a tondu et s’y couche. Ca sent un peu comme à la ferme, ça lui rappelle sa maman, il geint un peu et s’endort pour une sieste au soleil.
L’après midi pour un chiot seul se passe comme le matin, on s’occupe comme on peut…

Heureusement bien vite, la maison se remplit, Maman et l’Enfant rentrent : ils lui racontent leur journée, le caressent, jouent au foot. Snäll voit bien que Maman n’a pas l’air satisfaite en regardant le jardin mais il ne cherche pas, les humains sont bizarres…
Et Papa rentre. Snäll a déjà compris qu’il ne fallait pas montrer autant d’enthousiasme quand le visage de Papa apparaît. Il s’approche quand même, mais là, bing, un coup !!
« Sale chien, regarde ce que tu as fait !! Le cerisier est de travers, y’a des trous partout, j’avais ramassée l’herbe tondue...va dans ton panier !! »
C’est bon maintenant, Snäll a compris, quand Papa tend le doigt vers la remise, il doit aller se coucher. Alors il y va, la mort dans l’âme, qu’a-t-il donc fait ?

Les jours se suivent dans la nouvelle maison de Snäll. Il apprend le fonctionnement de base : Maman câline et donne à manger, l’Enfant s’amuse et demande de la tendresse et Papa gronde.

Petit à petit Snäll grandit, il est de plus en plus sage. Il veut plaire à tout le monde, il a toujours autant besoin d’amour, sa maman chien fait partie du passé, de ses souvenirs mais au fond de son cœur il y a comme un trou à combler. Snäll recherche la compagnie de Maman et de l’Enfant, Snäll voudrait des câlins, de la compréhension. Snäll essaie d’être un très gentil chien et il y parvient souvent. Jusqu’à ce que Papa revienne...
Papa n’est jamais content de Snäll. Il lui trouve tous les défauts possibles. Selon Papa, Snäll ne fait que des bêtises, il ne comprend rien à ce qu’on lui dit, il faut lui répéter 20 fois les mêmes choses, il fait du bruit en mangeant, il perd ses poils, d’ailleurs il n’a plus le droit d’aller dans le salon, il bave pendant qu’on lui prépare sa gamelle, il aboie quand on sonne à la porte, il ne sait pas essuyer ses pattes sur le paillasson, il sent le chien, il fait la fête à Maman, il ne fait pas la fête à Papa, il est trop gentil avec l’Enfant, il court après les oiseaux, il ne court pas après les souris, il fait des trous dans la pelouse, il ne fais pas de trous où on lui demande, il veut toujours des câlins, etc. C’est un chien, et Papa n’aime pas ce chien. Et plus Snäll est gentil et essaie de plaire à cette maison, plus Papa crie et lui reproche d’être ce qu’il est. Snäll est responsable de tous les soucis. À cause de lui Papa a oublié de faire remplir la cuve de fioul : « s’il n’y avait pas les affaires de ce foutu chien devant, j’aurais pu voir le niveau », à cause de lui Maman lui fait moins de câlins à lui « tu préfères ce chien à moi qui suis pourtant si gentil »…
Les coups pleuvent, de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Avec ses mains, puis ses poings mais « à cause de toi, sale chien je me suis fait mal». La laisse qui servait aux joyeuses promenades avec l’Enfant devient fouet, le balai devient matraque, les balles deviennent projectiles…Le chien se voit confiné dans son cagibi, il se fait le plus petit possible dans son panier, comme quand il était une jeune chiot et qu'il se perdait dans son coussin. Les recoins sont ses cachettes et ses prisons quand Papa le trouve et qu’il ne peut plus s’enfuir. Snäll apprend la haine, la rancœur, la colère dirigées contre lui. Il ne sait plus ce qu’il fait de bien ou de mal, il n’ose plus bouger, plus aboyer. Sa vigueur, qu’on accusait il y a quelques mois à peine, l’a quittée et on lui reproche son manque d’énergie, de gaieté, Papa dit que ce chien n’est jamais content malgré tout ce qu’on fait pour lui.
On ?? On ne sait pas…

Il implore Maman et l’Enfant de ses yeux noisette. Mais il ne trouve plus souvent de soutien en ces humains aimés, il sent que l’amour n’est pas loin mais c’est Papa qui impose ses sentiments à toute la maison.

Dans la journée il reste là, couché devant sa niche, on ne peut dire s’il est jeune ou vieux mais usé, oui. Un chien amaigri alors qu’il a une gamelle pleine près de lui, un chien aux poils ternes, à l’œil méfiant et triste. Il attend…
La vie n’a plus de saveur, il essaie parfois de jouer un peu avec l’Enfant mais bien vite, la tristesse le regagne et il retourne dans son coin.
Maman n’en peut plus de voir ce chien si malheureux. Elle ne sait le défendre face à Papa. Alors un mercredi, elle prend Snäll et l’emmène dans un refuge. Elle explique, elle se sent coupable de n’avoir rien fait avant mais on lui assure que maintenant Snäll va retrouver une bonne maison. Elle regarde Snäll une dernière fois et elle lui dit « Tu sais Snäll, je t’ai toujours aimé, tu es vraiment un bon chien et ce que je fais aujourd’hui, je le fais pour toi, pour que tu recommences ta vie. Et en toute honnêteté, je le fais pour moi, car c’était trop dur de te voir souffrir. Adieu Snäll, je suis désolée de tout le mal que tu as eu » Elle repart, la conscience en paix, sûre d’avoir fait de son mieux. Espérant que Snäll ne l’oubliera pas et qu’il va peut être souhaiter la retenir. Elle pense au chat qui comblera la place vide. Snäll voit s’éloigner Maman, il ne cherche pas à la suivre, quel intérêt ?
Snäll était seul depuis des mois maintenant.
Snäll aime toujours Maman et l’Enfant mais il ne savait plus leur montrer, il ne pouvait plus, Papa l’avait fait trop souffrir. A ce moment il sait qu’il ne reverra plus jamais Maman et l’Enfant mais à quoi bon supplier, à quoi bon se traîner par terre comme tant de fois…Il y aura Papa, c’est lui le chef…

Une main se pose sur son cou, Snäll se recroqueville, il appréhende le coup à venir. Pas cette fois.
On l’emmène dans une petite cour, avec une petite niche. « Tu vas dormir cette nuit ici Snäll et demain on te trouvera une famille »
Peu lui importe ce qu’on raconte, Snäll s’endort sans toucher à sa gamelle.
Snäll rêve, il se souvient quand il était tout petit chiot, au plus profond de lui reste ses souvenirs. La ferme avec les bottes de foin, sa maman et ses léchouilles, son papa dans la ferme d’à côté, les enfants du fermier, les champs, les poules…Puis regardant le film de sa vie, il revoit la petite voiture bleue, l’Enfant et Maman, la nouvelle maison…Il se réveille en sursaut, les souvenirs suivants sont trop douloureux…Il a mal dans son grand cœur de grand chien, il ne comprend pas pourquoi la si belle maison s’est écroulée, pourquoi ses humains n’ont pas pu s’accorder, pourquoi, malgré tout le cœur qu’il a mis à l’ouvrage, lui Snäll, n’a pas réussi à apporter du bonheur, il en vient à douter de l’existence de la maison. Il ne revoit que Papa et sa violence. Y’a-t-il vraiment eu un jour une Maman et un Enfant attentionnés ?

Le lendemain on emmène Snäll. Il se rappelle de sa joie dans la première maison, il voudrait y croire mais il a peur. Il n’ose bouger, il redoute ce qu’il pourrait faire de mal, il ne veut pas quitter son panier, il fuit les mains qui se tendent…
Pourtant petit à petit il accepte quelques sollicitations, une caresse ou une bouchée de nourriture données par une gentille main. Il regarde avec espoir ces nouveaux humains, plus nombreux, il n’ose croire que dans cette grande maison les choses peuvent être différentes.

Snäll écoute les bonnes paroles, reçoit les caresses, en redemande, il est entouré de gens aimants, il savoure ces moments de douceur mais au fond de lui il est méfiant.
Comment pourra t’il oublier la destruction qu’il a subit ? Comment deviendra t’il le grand chien qu’il aurait pu être ? Comment pourra t’il faire confiance à ceux qui lui promettent joie, force, énergie… ? Dans cette nouvelle maison, on croit en lui, en ses ressources, plus que lui-même. Parfois Snäll se met à rêver, mais la douleur dans son cœur se réveille et lui rappelle de ne pas se bercer d’illusion. Snäll a plus que jamais besoin d’amour, d’attention, d’affection et de soutien. Snäll n’en a jamais reçu autant que maintenant, même quand il était petit, Snäll sent que quelque chose s’est rallumé en lui mais la peur est tellement plus forte…

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