

C’est étrange les rencontres. On se croise souvent, on ne se remarque pas et puis un jour, un regard différent, une autre lumière, une pensée à côté, une émotion fugace et il y a quelque chose ou quelqu’un en face de moi, là où je n’avais rien vu.
Lorsque je l’ai remarqué la première fois, je n’étais pas seule, je marchais, pressée d’impératifs. J’aurais voulu m’arrêter.
Alors il s’est mis à habiter mes pensées. Je n’ai eu de cesse de trouver l’occasion de le retrouver.
Un jour mélancolique, le seul sursaut d’énergie m’a poussé vers lui. Je me suis approchée, doucement, emplissant mon regard de lui. Aucune urgence ne poussait mes pas.
Il était là, où autrement ?
Ancré, frémissant sous la brise.
En moi s’éveille un mélange d’émotions. Une boule dans la gorge, des papillons dans le ventre, des pétillements dans les yeux…Qui est-il pour me troubler ainsi ?
Il ne m’a pas dit son nom, aucune importance, l’essentiel n’est pas là.
Il donne, reçoit, transmet.
On dirait les arbres de contes de fées : grands, épais, tortueux, globuleux, accueillants, solitaires, chauds, sages…
Je m'attends presque à l'entendre me parler.
Je l’imagine demeure de milliers de vies.
Si les farfadets, les lutins, les gobelins, les korrigans et leur petits poulpiquets, les sylphes, les kobolds, les gnomes, les fées, les sorciers, les elfes, les schtroumfs, que sais-je encore… existaient, ils vivraient là. C’est un arbre enchanté et enchanteur.
Il n’est pas jeune, pas mourant, sans doute immortel, il se montre comme le seul capable de ce prodige.
Il est tout près chaque matin quand je me réveille. Je le vois par la fenêtre, la plupart de mes balades cheminent à ses alentours. Depuis les premiers jours, je découvre les chemins, ma route passe sur la sienne presque immanquablement.
Comment ne l’ai-je pas vu auparavant ?
Maintenant je le vois, je ne vois que lui sur ce passage, il vient d’apparaître. C’est un magicien, naturellement.
C’est étrange les rencontres. La vie m’a amené à lui. Peut être qu’elle va m’en éloigner un jour. Il reste empreint dans mes yeux et dans mon cœur. Il est tel que je me représente la perfection arboricole. Mon imagination devenue réalité sous mes yeux éberlués.
Je ne me suis pas approchée assez pour le toucher, pour nous mettre en contact, je n’ose pas, comme si la magie allait se rompre. Une petite distance, tout de même sous le bout de ses branches lui donne toute sa force et lui préserve son mystère.
Bientôt, s’il la dépose au sol, je prendrais une de ses feuilles. Au milieu d’images que je transporte toujours elle aura sa place. Un petit morceau de lui pour symbole d’une nouvelle amitié. Il a sa place parmi mes amis, il en est maintenant.
Soudain j’ai peur de devenir dépendante, de ne plus savoir le quitter, de ne plus pouvoir m’éloigner.
Il ne bougera pas si je suis mon destin.
Et si à un de mes retours il n’étais plus là ? Parti sans me prévenir, victime du temps ou pire…
Il me faut le mettre dans mon cœur, bien ancré, comme il l’est dans son sol pour qu’il y reste à jamais. La douleur de l’absence, je ne sais la supporter.
Pour l’instant il est là. Immuable, indestructible.
Nous avons encore tellement à faire connaissance.
Savourons les jours présents sans les assombrir.
La vie s’occupera bien de notre avenir, proches ou éloignés.
Le compte a rebours est terminé, le mariage est terminé, tout cet épisode est terminé. Je n’ai pas eu le courage de le finir par le jour J à l’heure H. Ca a été encore plus pénible que je ne pensais, ce mec est tombé encore plus bas que je ne pensais. Moitié sadique, moitié vendu, moitié pute, moitié méchant…ça fait trop de moitiés du coup, donc on va dire un peu de chaque et tellement plus encore, mais je ne vais pas remplir mon blog avec toutes ses tares et ses abjections.



