Aujourd’hui j’ai mis les pieds, certainement pour la dernière fois, dans l’entreprise qui fut la mienne pendant plus de 2 ans, cette boite créée avec mon ex. Jusque là ça ne me faisait ni chaud ni froid. Je suis passée devant de nombreuses fois mais je me contentais d’y jeter un œil. Aujourd’hui j’ai eu un pincement au cœur. Pas question de faire le tour du propriétaire, de regarder ce qui a changé. A peine entrée, on me poussait dehors. Je venais chercher ce qui me revenait de droit, on m’a bien fait comprendre que c’était bien là mes derniers droits. De toute façon je ne reconnaissais plus vraiment les lieux, j’ai eu une espèce de sensation d’irréalité en entrant. A peine deux mois que je suis partie et déjà mes souvenirs me trompaient, ce n’est plus « chez moi ».
Une part de moi ne réalise pas que je ne vais plus y retourner. J’ai toujours envie de savoir ce qui s’y passe, envie de voir comment les employés se débrouillent, s’ils n’oublient pas des clients, des commandes…
Mais comme dit mon ex, ça ne me regarde plus : « Tu ne fais plus partie de la société »

Il est là, fier, il règne. Seul maître à bord. Mr le chef d’entreprise. Oui, j’ai une boule dans la gorge en écrivant cela. Oui il y a une part de jalousie et de rancune tenace dans mes mots. Parce que son bonheur m’étouffe, me bouffe. Ce projet nous l’avons monté à deux et il ne m’en reste rien alors que lui garde tout. Il ramène tout à une question de fric. L’argent ne rembourse pas la valeur affective que j’y ai mise. Il garde un outil de travail mais il garde surtout un investissement personnel, il garde tout ce que j’ai donné et rien ne pourra payer ça. Selon lui, c’est de ma faute si je n’ai plus rien, c’est moi qui ai décidé de partir. Bien sur, il est convaincu des vérités qu’il assène.
Lui ça ne lui aurait posé aucun souci que l’on continue à fonctionner de la même manière, moi sur le terrain, lui dans sa tour d’ivoire. Il faut dire que mon ex est un homme partageur. Il partageait avec moi ses désirs, ses colères, ses rancoeurs, ses problèmes et il se partageait même entre plusieurs femmes…Ce doit être ce qu’on appelle donner de sa personne…Alors partager le travail, aucun problème pour lui. Et ça lui aurait coûté moins cher que les deux employés qu’il a du recruter pour me remplacer…

Encore une page à tourner et comme à chaque fois ça me pèse. D’autant que j’ai une réelle aversion pour les conflits. J’aurais souhaité que tout se passe dans le calme et la bonne entente. J’aurais aimé que nous discutions contrairement à ce que nous avons fait durant 11 ans. Sans doute que repensant à son attitude lors de nos derniers échanges j’aurais moins de regrets, sans doute…