Racines
Par Shy le jeudi, avril 3 2008, 20:35 - Intro-version - Lien permanent
En surfant au hasard des blogs, en cliquant sur divers liens, je suis étonnée de constater le nombre de personnes qui évoquent leurs origines en ce moment. Signe du destin, arrivée du printemps, source continuelle d’interrogations, messages subliminaux qui circulent, hasard… poussent chacun à se pencher sur ses racines ?
Ou peut être que je le remarque car ça fait tout simplement partie de mon cheminement du moment… Il y a un nom pour ce phénomène psychologique qui consiste à remarquer plus particulièrement ce qui nous touche à un instant donné. J’ai oublié le terme exact (merci Alzheimer !) mais je me souviens l’avoir étudié lors de mon court passage en fac. Ainsi, une femme enceinte aura l’impression qu’il y a bien plus de femmes enceintes autour d’elle depuis qu’elle attend son enfant, ça se vérifie aussi pour ceux qui ont des béquilles, font du macramé ou se passionnent pour les gastéropodes.
Ma préoccupation du moment est donc, comme pour beaucoup de mes congénères, de savoir où se plongent mes racines.
Ca me semblait simple au départ, mais en y pensant il me vient une multitude de questions.
Où considérer qu’elles commencent ? A ma naissance, à mes parents, mes grands parents ?
A quoi suis-je attachée ?
Qu’est ce qui m’importe de retrouver en me posant cette question ?
Mes racines sont elles mon histoire ou celle de ma famille, de mes ancêtres ?
Une maison, une région, une image ? Etc.…
Ce qui m’interpelle aujourd’hui est de savoir quel est mon point d’ancrage, je cherche le lieu où je me sens chez moi.
Et je constate avec tristesse que je ne peux le retrouver.
Il n’y a pas dans mon esprit un endroit précis symbolisant mes attaches, je ne peux repenser avec nostalgie à une demeure ou à un coin de nature.
Ma vie a commencé dans une rue portant le nom d’un mathématicien - philosophe - homme politique. Je n’ai aucun souvenir de cet appartement. Passant dans cette rue je ne reconnais rien. J’ai beau faire des efforts de mémoire, toute cette partie de mon enfance est oubliée.
Mes tous premiers souvenirs me ramènent rue des oiseaux. Ce joli nom m’a t’il prédestiné à me sentir un oisillon prisonnier ?
De cette demeure, ce qui me revient avant tout et presque exclusivement c’est l’image de ma chambre. Une petite pièce tout en longueur au bout d’un long couloir anguleux. Le long du mur gauche il y avait toute une rangée d’étagères contenant jouets, livres et autres affaires. Face à la porte une fenêtre donnait sur l’avant de la maison, sur un bout de jardin avec une haie masquant la rue. Dans le coin au fond, il y avait mon lit.
Tout de suite à droite de la porte j’ai le vague souvenir d’une armoire en plastique qui contenait mes vêtements. Seule la structure tenait dans cette armoire, les étagères et la penderie passaient leur temps à s’écrouler. Quand j’y pense ma façon de ranger actuelle ressemble assez à ce que donnait l’intérieur de ce placard de fortune après un énième « écroulage »…
Quand nous avons emménagé, il y avait au mur une tapisserie couverte de bateaux. Sans doute que ça ne convenait pas pour une petite fille, mes parents avaient donc décidé de refaire ma chambre tout en rose. Ils étaient assez fiers de leur travail et ne se lassaient pas de me faire savoir la chance que j’avais d’avoir une si jolie pièce pour moi.
Les pauvres, s’ils savaient ce que ma mémoire en a gardé. Cette image de ce qui a été fait pour mon bonheur ne me renvoie que des souvenirs tristes et amers. Je n’y revois qu’une petite blonde de 7 ans qui attend et qui pleure. Une fillette qui se sent seule à en mourir.
Sans doute que cette maison a abrité des moments de joie, quelques photos en témoignent.
3 ans ont passé là avant que mes parents ne décident d’aller vivre à la campagne, dans une bourgade de 400 habitants où je n’ai pas beaucoup de meilleurs souvenirs.
Quelques années de dépression paternelle plus tard nous sommes retournés en ville où ils sont devenus propriétaires de leur maison. J’étais alors une adolescente mal dans ses pompes.
De toutes ces habitations, aucune ne semblent porter mes racines. La dernière est peut être celle à laquelle je suis la plus attachée car j’y ai passé le plus d’années mais elle ne me représente pas mon enfance. Elle est la seule où je peux retourner à loisir, elle est la maison de famille maintenant, une petite famille : papa, maman et moi.
Peut être que mes racines sont partout à la fois dans cette région où se sont succédés les déménagements et où j’ai grandi. Il n’y a pas un coin précis dont je puisse dire qu’il est mon chez moi.
Chercher parmi mes ancêtres ne mène pas loin, mon arbre généalogique est sans racine, ce qui lui manque est ce qui se voit le plus.
Je plonge dans mon passé pour comprendre mon présent, je cherche le sens de mon chemin pour pouvoir, demain, construire mon nid, l’attacher solidement sans plus douter qu’il doit être ainsi et là.
Commentaires
Et si, finalement, cette absence de racines (ou ce sentiment d'absence de racines) était l'offrande de la liberté ?
Et puis, certaines plantes aux racines à l'air libre sont belles, généreuses, vigoureuses.