Mon meilleur ami.
Par Shy le dimanche, avril 27 2008, 20:31 - Extra-version - Lien permanent
Quand nous nous sommes connus, mon cœur était triste, on y avait fait un trou béant, il pleurait un amour perdu. L’amour le plus vrai, le plus sincère et le plus pur que l’on puisse recevoir m’avait été dérobé. Par amour, par incapacité la première étape de ma vie idéale s’était brisée.
Rien ne semblait pouvoir arrêter ce chagrin. Chaque larme, chaque contrariété, chaque épreuve m’y ramenait et je pleurais toujours et encore. Il manquait une parcelle à mon cœur.
Petit à petit il a fallu cesser de pleurer. Cette perte si énorme était incomprise par celui qui l’avait causée, pire elle était blâmée, rabaissée. J’ai rajouté une brique à mon mur, pour tenter de colmater la brèche.
On ne guérit pas la misère d’une blessure en la cachant par un pansement d’épines.
Douceur, tendresse, compréhension étaient les seuls remèdes qui auraient pu m’aider.
Mes rêves de vie brûlaient, mon concubin gardait encore quelques bribes d’humanité et il m’a laissé chercher ailleurs ce qu’il ne voulait pas me donner.
Le grand jour, ça sentait bon le pain chaud. Il était là, entouré de ses frères ou de ses cousins. Il était le plus vieux de quelques semaines. Un peu plus gros, un peu plus éveillé, un peu plus bruyant mais aussi un peu plus timide et effrayé. Il se démarquait par sa petite tache sur le nez. Lui, le préféré, je l’ai choisi.
Pauvre amour, il se retrouvait entre des mains inconnues. Séparé de sa maman et de son environnement le matin même il était perdu. Dans sa nouvelle maison, il a d’abord cherché à se cacher et à se protéger. Mais la faim, la curiosité, l'insouciance et le besoin de câlins que lui conféraient sa jeunesse lui permirent de sortir doucement.
Je n’avais jamais eu de compagnon de son espèce et je ne savais comment me comporter. Lui donner de l’affection était tout ce que je trouvais.
Il me faisait un peu peur quand il bondissait toutes griffes dehors sur une main, un pied, un mouvement de drap…
Petit à petit nous nous sommes apprivoisés. De petit sauvageon à nourrir il est devenu complice de jeux puis tendre nounours de toutes mes nuits. Au dessus de ma tête, le long de mon dos, sur mes pieds ou au creux de mon ventre c’était la première fois que je partageais si étroitement mon sommeil avec une boule de poils.
La confiance et l’amour nés entre nous ont peu à peu pansé quelques unes de mes blessures.
Mais soumise, disciplinée et apeurée je sais qu’il a vécu plus dur que nécessaire.
A quelques mois le soi-disant spécialiste le mettais dehors avec interdiction d’aller le rechercher avant un certain temps. Je le revois blotti et pleurant sous une chaise de jardin, si médiocre protection.
Mon cœur se sert à l’évocation de ces souvenirs…
Oh bien sûr on peut me dire qu’ainsi il a appris à aller dehors et à se construire son territoire. Il est devenu plus fort, plus courageux. Il a connu des bagarres, des copains dont un lapin échappé et un corbeau éclopé. Oui mais…
Quand il revenait de ses aventures, nous nous retrouvions et nous aimions, à mon tour de lui soigner ses plaies.
Il était mon plus grand ami et il m’aidait à supporter brimades et réprimandes. Il était là, témoin silencieux des cris et des injures Souvent effrayé, parfois même objet de quelque injustice il restait là, stoïque
Il était partagé aussi, malgré tout mon amour, il avait parfois besoin d’une autre présence, surtout pour quelques moments d’amusement. Plus je plongeais dans la tristesse, moins j’étais apte à lui en donner.
Il rentrait, mangeait, sortait, dormait et aimait à sa guise. Presque libre, une vie presque idéale pour lui mais tout s’est transformé un matin.
Au sixième étage, seul à longueur de journée, sa vie est devenue un enfer. Toujours des câlins mais plus de sorties, moins de jeux et surtout la solitude.
Là encore je n’ai rien su dire, rien su faire.
J’assistais, impuissante au malheur de mon petit amour. Il déprimait tout autant que moi. Il est devenu peureux, fuyant avec tous les inconnus, aussi timide que moi.
L’horreur a atteint son apogée quand le maître de maison a décrété qu’il faisait assez beau pour le laisser dehors toute la journée. Dehors…un balcon de 5m2… Je ne peux que m’en vouloir même si j’ai fait cesser cela très vite. Les heures qu’il a passées là ont été largement de trop. Jamais je ne pourrais me pardonner et suffisamment lui présenter mes excuses pour ma lâcheté pendant toutes ces années.
Nous nous sommes encore rapprochés au fur et à mesure que le couple se déchirait.
Puis nous avons déménagé tous les deux, nouvelle vie dans un nouvel environnement.
Petit à petit il réapprend à sortir tout seul, comme il le veut. Ca ne dure pas longtemps, il ne s’éloigne guère et il rentre fréquemment comme pour se rassurer. Après plus de six mois il en est encore à la phase d’observation de son territoire.
Il reprend de l’assurance, il n’a plus aussi peur des amis qui nous visitent, il apprécie leur compagnie.
Tous les deux nous réapprenons à vivre. Nous faisons de nouvelles rencontres, consolidons des amitiés. Nous essayons de donner le meilleur de nous, d’aimer sans peur. Il fait confiance à ceux que j’aime et c’est un beau cadeau de le voir accepter d’autres caresses que les miennes. Je guette son assentiment, je lui fais confiance dans l’affection qu’il donne, juste à ceux qui la méritent. Et à mon tour je peux faire confiance.
Il fuit notre bourreau, à raison mais ça me fait si mal de le voir apeuré, là je me rends compte du mal qu’il lui a fait, qu’il nous a fait.
Nous nous aimons plus que jamais. Plus personne ne me donne de conseils sur lui sans que je les demande, j’agis selon mon intuition et c’est aussi une grande découverte…
Je ne veux plus qu’il ait peur, plus jamais il n’aura une claque, plus jamais on ne criera injustement et n’importe comment sur lui.
Il est mon compagnon le plus précieux. Mon amour pour lui est inconditionnel. Nous nous comprenons, nous nous parlons. J’ai encore beaucoup à apprendre de lui. J’ai hélas beaucoup trop peur et je veux le protéger plus que besoin.
Il n’est pas rancunier, il a accepté mes faiblesses et mes manques.
Quand le matin il se couche sur moi en ronronnant, son nez sur mon menton, je lève juste la tête pour l’embrasser. Nous nous regardons et je lui dis : « c’est beau l’amour. » Il ferme ses yeux doucement, comme un acquiescement.
Un jour il partira, je ne peux pas y penser. Il est mon plus fidèle ami, il m’a sauvé la vie ces dernières années. Je n’ai pas bien su le protéger et pourtant il m’aime. Même s’il a des successeurs, il restera à jamais mon maître chat.
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